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Où commence le fantastique ?
Il vous est sans doute arrivé, en refermant un livre, de vous poser la question de son genre. En matière de littérature de l’imaginaire, les frontières entre les différentes classifications peuvent paraître assez souples et difficiles à cerner. Pourtant, les romans de fantasy ou de science-fiction sont globalement identifiables, et se déclinent même chacun même en plusieurs catégories. Néanmoins, un genre reste encore problématique de nos jours : le fantastique.
Le fantastique est un sujet très prisé dans les recherches universitaires, ce qui s’explique sans doute par le fait qu’il reste beaucoup de choses à dire sur ce genre finalement problématique. Qu’est-ce que le fantastique ? Et surtout, où commence-t-il ?
Des définitions: Le fantastique est une histoire qui prend ancrage dans notre monde et qui met en scène des phénomènes surnaturels. Les textes fantastiques sont extrêmement variés, et pourtant on les regroupe sous cette catégorie. Mais au fond, aucune approche du fantastique n'est capable d'en dégager une esthétique réelle. Plusieurs théories ont tenté d’apporter une définition fixe du genre, nous verrons ici les définitions les plus connues. Selon Tzvetan Todorov : En effet, une telle définition met le doigt sur l’un des enjeux du fantastique : une hésitation entre le surnaturel et le rationnel. Le lecteur a ainsi deux pistes d’interprétation possible, et le texte entretient cette ambiguïté. Elle s’applique à de nombreux romans fantastiques, comme le fameux Horla de Maupassant, L’Homme au Sable, d’Hoffmann, ou encore Le tour d’Ecrou, d’Henri James. Les exemples sont légions. Bien que cette définition pose de premières balises pour comprendre ce genre, elle montre vite ses limites et apparaît plutôt réductrice. Que faire d’œuvres comme Dracula de Bram Stocker où l’existence des vampires est avérée ? L’auteur ne joue absolument pas sur une quelconque hésitation quant à l’existence des vampires. Aussi cette première définition est incomplète et ne s’applique pas à la totalité des œuvres du genre. Selon Pierre-Georges Castex :
« Le fantastique se caractérise par une intrusion brutale du mystère dans la vie réelle » et se trouve « lié généralement aux états morbides de la conscience » Selon Roger Caillois : Il y aurait donc deux types de fantastique : Au final, il est clair que les tentatives de définition peuvent toujours trouver un contre-exemple, ou bien divisent le fantastique en d’autres catégories. Il n’y a pas de réelle constante ou de caractéristique fixe, bien que de nombreux thèmes apparaissent de manière récurrente. L’hésitation, la violence, les fantômes, ne sont pas des éléments obligatoires. Origines: Le fantastique est entouré d'un flou définitionnel par défaut, et je dirais même par nature. Plutôt que de tenter de poser des cadres à tous les textes qui appartiennent à ce genre, il me paraît bien plus intéressant de rechercher les raisons de ce flou définitionnel, qui viennent de l'origine même du mot. Voilà comment est né le genre fantastique, dans la même veine que les romans noirs de l'époque : une pure stratégie commerciale d'un groupe de jeunes écrivains romantiques. Ceci explique donc la difficulté de définir le genre. Conclusion: Ainsi, le fantastique est par nature dépourvu de limites de part ses origines, et les définitions proposées ne saisissent pas de constance fixe. L’élément le plus probant serait alors de dire que le fantastique résulte d’une intrusion du surnaturel dans le monde réel, mais cela exclut tout ce qui est relatif à l’atmosphère du genre, trop fluctuante. Dans tous les cas, ce qui est certain, c’est que le genre fantastique est l’un des plus insaisissables, qu’il est difficile de cantonner à une seule définition.. Chacun peut donc finalement classer ça selon les quelques critères, mais sachant que ces critères s'appuient sur des cloisons assez vagues entre les genres de l'imaginaire, je dirais qu'il y a beaucoup d'œuvres inclassables. À la croisée des mondes est rangée dans fantastique/fantasy, car les deux se mêlent allègrement, acceptation des Dæmons dans le monde de Lyra, puis intervention de notre monde. Et n’est-ce pas ce qui fait l’intérêt de la littérature ? Repousser les limites des genres, les mélanger. Samantha |