Retour vers la page des ouvrages
Tome 1 - Tome 2 - Tome 3 - Tome 4 - Tome 5 - Tome 6
|
Auteur : Robin Hobb (voir sa biographie) Genre : Fantasy Résumé du premier tome : Avec La Citadelle des Ombres, Robin Hobb s'est imposée en France comme un écrivain majeur, mêlant une subtile connaissance de la psychologie humaine à l'art très original de semer dans son récit des éléments fantastiques. Ainsi parvient-elle à mieux souligner l'étrangeté de la destinée humaine en affinant des personnages qui, sous sa plume, atteignent à une saisissante universalité. Dans ce premier volume d'une nouvelle série, Les Aventuriers de la mer, elle se penche sur l'histoire d'une famille de grands propriétaires terriens, désormais ruinés, dont la seule richesse ne réside plus que dans un magnifique navire construit en bois-sorcier, La Vivacia. Mais son capitaine va mourir, ne laissant que deux filles. L'une est mariée et mère de famille, l'autre, Althéa, véritable garçon manqué, a grandi sur le bateau et a toujours vécu parmi les matelots, le visage fouetté par les embruns de ses longues courses en mer et de ses innombrables voyages. Follement attachée au vaisseau, elle entretient avec lui une complicité étroite, persuadée qu'elle sera bientôt son unique maître. Pourtant, c'est à son gendre que le vieux capitaine, à toute extrémité, lègue le navire… Erreur funeste ? Désespérée, mais passionnément résolue, Althéa jure alors de le reconquérir coûte que coûte. |
|
Critique personnelle du tome 1 : Les Aventuriers de la Mer, saga entamée par Robin Hobb en 1998, galvanisait la curiosité des lecteurs depuis sa parution ; et pour cause, après les émotions transmises par l’Assassin Royal, le lectorat rongeait son frein en attendant une nouvelle épopée. Toutefois, si ce roman s’inscrit dans le même univers que la Citadelle des Ombres, Robin Hobb y affleure un tout autre contexte : celui de propriétaires terriens menacés par la ruine. Un pari étrange, mais qui saura imposer sa marque ? Dans un premier temps, notons que ce tome introduit la série, met en place les fils conducteurs de l’intrigue et présente les protagonistes. Il s’agit donc d’un vaste incipit dont on découvre peu à peu les aboutissements. Si nous ne nous imprégnons pas de cette ambiance, cela tient en parti à l’intrication des évènements, dans l’immédiat assez confuse : on n’envisage aucune piste tandis que les atermoiements se multiplient. Quand bien même découvrons-nous une base à l’histoire, autrement dit les manœuvres gravitant autour d’Althéa, de multiples possibilités surgissent, nous menant tantôt aux côtés du pirate Kennit, tantôt auprès des serpents ou du Parangon. Mais en réalité, quel lien unit ces pièces ? Ce premier volume pourrait ainsi s’apparenter à un assemblage hétéroclite, mêlant aux drames familiaux l’apanage de la piraterie. Certes, on saisit le point d’orgue de ce livre : permettre à Althéa de récupérer son navire, par tous les moyens possibles, mais à part cela notre soif de connaissance n’est pas repu. Comme il est difficile d’accrocher à un scénario quand on oscille entre deux eaux, sans jamais savoir où la prochaine vague va nous échouer ! Néanmoins, en dépit des longueurs écumant le récit, on poursuit la lecture, prospectant à chaque page pour découvrir un indice, surprendre une révélation ou broder la toile du scénario. Dans un second temps, le monde dépeint par Robin Hobb s’avère fertile sinon transpirant d’inventivité. La mise en place des vivenefs, navires dotés d’une vie propre, avec leur caractère, leurs souvenirs et leur essence, apprête un récit riche en surprises ; on reconnaît bien là le talent de l’auteur, toujours prompte à bouleverser la Fantasy ! Certes, l’éclatement tout relatif de l’intrigue n’occasionne pas de véritables innovations, à part quelques bonnes idées, comme le bois-sorcier, dont on retiendra le caractère magique, mais cela suffit à étoffer un monde. Enfin, les personnages eux-mêmes se tournent en directeur de conscience pour nous instruire sur leurs univers, leurs doutes et leurs aspirations. Comme souvent, sa subtile connaissance de la psychologie humaine permet à Robin Hobb d’ancrer ses protagonistes, de leurs inspirer un comportement humain. Ils interagissent entre eux, éprouvent des sentiments variés et se distinguent de simples outils au service de l’intrigue. S’il n’est guère difficile de s’attacher à eux, l’inverse se prouve également : avec une facilité étonnante, Robin Hobb réussit à pointer les protagonistes intéressants, à souligner les exécrables ou à capitonner les effacés. On se prend d’affection pour eux… En bref, Robin Hobb achève là un roman à double tranchant, à la fois soutenu par un style agréable et alourdi par un manque de repères. Car cela peut aussi bien titiller la curiosité que la décourager… Toutefois, il serait dommage de passer outre cette saga tant elle promet de nombreux rebondissements !
Note finale : 7/10 Sahagiel |
* * * * * * *
|
Critique personnelle du tome 2 : Le Navire aux Esclaves, tome deux du cycle des Aventuriers de la mer, avait pour premier objectif de conforter les lecteurs saisis par le premier roman, et de convaincre les indécis. Rude tâche que de condenser en un volume toutes les subtilités, audaces, ou enchantements dévidés sur plusieurs volumes. Pourtant, tel était son but ; pour ne pas transformer le Navire aux Esclaves en acmé, mais le tourner en un paroxysme d’intuitivité, Robin Hobb devait à nouveau éprouver son talent. De quoi éveiller bien des curieux. Bien que le découpage des romans échoie à la maison d’édition, on peut regretter ici un manque de justesse ; en effet l’intrication des événements devant rapidement se filer, il aurait été plus judicieux d’élimer un peu ce tome, de manière à nous plonger dés la première page dans le récit. Car à n’en pas douter, le point fort du livre s’incarne dans l’atmosphère, tissée par l’auteure telle une toile d’ingéniosité. Par opposition à l’incipit du cycle, ce roman ne se place pas en charnière ni ne délaie à outrance le scénario : il apporte des réponses claires et des indications propices aux questionnements. Robin Hobb multiplie les possibilités, évite l’écheveau des longueurs pour étoffer son scénario ; celui-ci gagne en épaisseur, se munie de bases solides et conquit le lecteur en un tour de main : si le premier tome rebuttait par son manque de limpidité, le second sonne un coup d’arrêt aux épanchements, chaque élément commence à trouver sa place. Enfin le lecteur construit son raisonnement, se surprend à supputer une conclusion et à apprécier les fourches de l’intrigue ! Certes, certains rebondissements apparaissent cousus de fils blancs, mais la plupart –qui ne sont pas non plus légions, de manière à ne pas alourdir le récit- nous invite à un voyage inédit, semé d’embûches. Et en effet, les personnages s’achoppent à de nombreuses difficultés, qui mettront à l’épreuve leur détermination. Accidents, maladies, coups du destin, étiolement des liens familiaux ou traumatismes profonds, les aléas tombent drus comme grêle sur leurs têtes. S’ils affrontent, notamment aux côtés d’Althéa, Brashen et Kennit, des tragédies assez revues en Fantasy, une autre facette de la vie touche Ronica et Keffria. Les affres de la famille, la nécessité d’acquitter ses dettes et d’éduquer ses enfants menacent l’héritage des Vestrit. Grevées par les obligations, les deux femmes se dévoilent sous un jour nouveau, faisant montre d’un discernement et d’une maîtrise souvent admirables. Quand bien même les états de conscience les désertent, elles imposent à tous leurs marques ; tandis que Malta atteint l’âge exultant de l’adolescence, sa mère abandonne sa pauvreté caractérielle, sa sourde soumission pour se vêtir avec force, courage et détermination. Machiner de splans pour maintenait leur ascendance au sein des Premiers Marchands ne les effraie plus, pour notre satisfaction ! Quand aux férus d’action, qui apprécient aussi les récits festonnés de psychologie, ils trouveront leur détente avec Althéa, travesti en garçon pour l’occasion. De quoi nourrir bien des intrigues ! Au cours de ce volume, elle gagne en maturité, vieillit et ne voit pas plus que ses intérêts personnels, peut-être grâce à l’appui de Brashen, discret mais pédagogue quand il le faut. Hiéman et la Vivacia ne sont quant à eux pas remisés, et nous offre même les chapitres les plus intéressants, avec un Hiéman qui se complexifie réellement dans ce volume, déchiré entre son amour pour la prêtrise, ses devoirs de fils et son amitié envers la Vivacia. Un boulversement intérieur qui conduit à des situations parfois imprévues, et souvent éprouvantes ! En quelques mots, un récit qui se renouvelle et relance l’intérêt du cycle. Même les intrigues secondaires, comme celles des serpents et du Parangon, se voient mobilisées, grâce au concours et à l’enchevêtrement des personnages, qui se croisent et se décroisent sans cesse. Un roman dense, piquant, foisonnant de possibilités, voilà ce qu’achève la plume de Robin Hobb. De quoi alimenter le terreau des lecteurs jusqu’au prochain tome !
Note finale : 8/10 Sahagiel |
* * * * * * *
Critique personnelle du tome 3 :
Note finale : 8/10 Sahagiel |
* * * * * * *
|
Résumé du quatrième tome : Dispersés, les membres de la famille Vestrit affrontent les épreuves les plus redoutables. A bord de La Vivacia, les esclaves révoltés souhaitent s'approprier le navire. Galvanisés par leur chef fanatique, ils veulent juger le capitaine Kyle, tandis que Kennit, à la tête des pirates, doit être amputé d'une jambe. Quant à Althéa, elle s'est embarquée sur L'Ophélie qu'une galère chalcédienne prétend arraisonner, au cours du voyage de retour vers son port d'attache. La jeune fille qui, malgré ses dénégations, ne cesse de penser à Brashen, réussira-t-elle à regagner sa patrie ? Et, si elle y parvient, le retrouvera-t-elle ? Car le pays est maintenant envahi par les Nouveaux Marchands et leurs esclaves. Seules pour gérer les vestiges de leurs propriétés, Ronica et Keffria se rongent d'inquiétude en assistant, impuissantes, à l'inéluctable décadence de leur glorieuse maison. Ce quatrième volume des Aventuriers de la mer emporte le lecteur dans des aventures plus captivantes les unes que les autres. Leurs héros frôlent constamment la mort et abandonnent peu à peu leurs espoirs devant un monde qui s'écroule. Parviendront-ils à renaître ? |
Critique personnelle du tome 4 : Après un troisième tome plus abouti, j’entamais Brumes et Tempêtes : on nous promettait un monde proche de la rupture, une situation sans cesse assombrie, des personnages prompts à soulever les passions. Alors, simple dithyrambe ou arguments objectifs ? Cette fois, les personnages se tournent en véritables atouts, menant les intrigues, les manigances, les opérations sans jamais s’interrompre. Si les précédents romans gagnaient en intensité, la psychologie trouve ici sa détente : finies les errances où nous ne savions comment considérer les personnages, finis les découpages incertains ou les relations peu développées. Avec une vibrante émotion, nous découvrons des protagonistes aux multiples personnalités, torturés par leurs obligations mais toujours aussi humains ; fine auteur, Robin Hobb atteint la quintessence de son art : car si le sombre Kyle ne surclasse pas un Royal, les relations qui se nouent sur la Vivacia valent un Fitz dans ses meilleurs jours ! Comment décrire ces passages à ce point percutants ? Quand le capitaine Kennit, Etta ou Hiémain vêtent une cape à ce point solide ? A n’en point douter, nous obtenons là un scénario mené d’une main de maître. Sous ces personnages taillés à la serpe se cache un scénario toujours aussi prenant. Bien sûr, nous ne saisissons pas encore ses aboutissements ni ses plus fines subtilités, toutefois on flaire les pistes, on sent les fragrances du renouveau : peu à peu, les destins s’entrecroisent et mettent à jour la finalité. Et quelle exultation quand les personnages se croisent ! Nous savourons les discussions où chacun hypothèque son avenir, nous nous prêtons aux conjectures pour deviner comme untel réagira, par quel biais ils se retrouveront, si enfin un espoir les éclairera. Si nous sommes encore loin du dernier tome, les rouages ne tardent pas à actionner le moteur ! Et quand la machine produit un son vrombissant, tantôt doux et lyrique, tantôt acéré, on se laisse prendre au jeu. Défaut imputable à l’éditeur : le découpage décidément bien malheureux. Nous regrettons ainsi des protagonistes trop effacés, voire remisés au second plan, tandis que d’autres investissent tous les chapitres ; un équilibre parfois inégal et prêtant aux mécontentements. Les serpents n’apparaissent pour ainsi dire pas, malgré un rôle mis en avant dans les chapitres… Concernant le style, Robin Hobb se taille une plume touchante et précise. Elle ne se perd pas en atermoiements pour exacerber les sentiments ou glacer une ambiance : en peu de mots, elle tisse une atmosphère, en un paragraphe, elle souligne les enjeux, en un chapitre, elle renforce son univers. Le monde, d’ailleurs, grandit véritablement dans ce tome : on regrettait les quelques raccourcis or là, avec une simplicité exemplaire, l’auteur nous décrit des anecdotes, particularités géographiques ou anciennes légendes. Peu à peu, les rivages se dévoilent sous sa plume, augurant un dénouement à la fois complexe et complet. Aucun temps mort, des dialogues riches en surprises, concernant aussi bien les personnages que l’aventure, une action soutenue, ce volume se porte à un haut niveau. Pour ne pas ternir cet éloge, l’auteur développe de nouveaux thèmes : le devoir envers la famille (notamment les liens filiaux), le corps réceptacle à la mémoire, à la politique, la morale sous tous ses aspects ; nous ne sombrons pas dans une vaine réflexion mais abordons des sujets actuels. A ce vernis déjà solide s’ajoute une situation politique décrite avec soin et des femmes qui s’affirment dans tous les domaines. Que demande le peuple ? Au final, Les Aventuriers de la Mer prennent un tour très intéressant, et méritent que vous investissiez dedans, quand bien même allégeront-ils vos bourses.
Note finale : 8,5/10 Sahagiel |
* * * * * * *
Critique personnelle du tome 5 et 6: Le découpage des livres étant parfois incertain, ou du moins ne convenant pas à l’intrigue, j’ai préféré coupler les tomes cinq et six. Le cinquième volume évoquera un épisode charnière, où les atermoiements serviront aux intrigues secondaires. De fait, le sixième tome se poursuit avec une profondeur plus évidente, et il semblait alors commode de critiquer les deux réunis. Ceci expliqué, lançons-nous gaiement ! Robin Hobb prouve une nouvelle fois son talent en couplant un scénario fouillé, des personnages charismatiques et des chutes promptes à bouleverser les certitudes. Dans ce cinquième et sixième tome, nous en apprenons plus sur les finalités du récit, à la fois les aspirations, les ramifications qui cisaillent le scénario mais aussi les intrigues secondaires peu à peu éclaircies. Les indices à flairer se multiplient tandis que, lentement, le final se profile. On regrette cette clarté trop en évidence selon les énigmes. Car là où Robin Hobb nous avait habitués à un silence pesant, nous nous acheminons vers une fin plutôt consommée. Toutefois, nous sommes encore loin d’achever la boucle aussi réservons cette critique au dernier roman. La place laissée à la politique se renforce ici. Déjà dans le cinquième tome, nous découvrions le gouverneur et ses Compagnes de Cœur, mais ensuite cette présence se renforce et se solidifie, jusqu’à perturber les autres protagonistes. Plongés dans un monde où l’espoir se réduit à une vague sensation, un souvenir à demi-oublié, nous soutenons les personnages dans leurs périples. Tantôt jetés parmi les mers à affronter monstres et souffrances, tantôt abandonnés sur les rivages du complot, nos compagnons se montreront particulièrement sensibles aux catastrophes. Si ces malheurs sont dignes d’une thérapie de groupe, on salue toutefois la cohérence générale : rien n’est laissé au hasard et tous les personnages ont un rôle à jouer dans ce qui apparaît déjà comme une vaste fresque. Les intrigues, les complots retors et les malversations, les aspirations, les peurs et les doutes, tous ces éléments se fondent pour créer une volte éphémère, peinture d’un monde où le rouge maquille la toile. Vous l’aurez compris, le ton s’assombrit considérablement à travers les pages. La mort ne moissonne pas encore parmi les protagonistes, quoique certaines disparitions frapperont comme un couperet, toutefois on craint pour la suite : comment pourraient-ils survivre alors que de toute part la mort les appelle ? En parallèle, Robin Hobb étaye plusieurs aspects économiques et culturels de ce monde, notamment les coutumes ceignant le Désert des Pluies. Avec un accent mis sur l’idylle entre Malta et Reyn, nous en apprenons beaucoup sur le rythme, la connaissance et l’histoire des marchands. Or quand certaines révélations recoupent l’Assassin Royal, autre cycle signé par l’auteur, nous nous inclinons devant une telle maîtrise ! Au final ces deux tomes charnières délivrent assez de grains pour alimenter le moulin des intrigues. Ils laissent nos compagnons dans une posture souvent ingrate, dangereuse voire indéterminée mais renforcent aussi nos convictions : les personnages autrefois détestables se tournent en personnes mâtures et d’autres se complexifient toujours plus. Mention spéciale à une Malta décidément bien surprenante, soulignant le travail effectué sur son caractère, car une fois ses crises passées elle saura mieux que quiconque affronter l’avenir.
Note finale : 7.5/10 Sahagiel |
| Partager cette critique sur : |