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Le fils de Nulle Part

 

Le Fils de Nulle PartTitre : Le Fils de Nulle Part

Auteur : Sean Stewart (voir sa biographie)

Genre : Fantasy

Résumé du premier tome :

Le Bois Maudit ronge le coeur du royaume depuis plus de mille ans. Depuis plus de mille ans, les plus nobles et les plus valeureux héros ont tenté d’atteindre le Donjon Rouge maléfique au centre de la forêt pour vaincre la malédiction et obtenir ainsi la récompense promise par le roi Astin IV : exaucer n’importe lequel de leurs voeux. Aucun n’est revenu. Jusqu’à Mark Forgeron, paysan sans terre et sans famille venu de nulle part…

Critique personnelle du cycle :

Avant toute chose, saluons la qualité de l’ouvrage en lui-même : Mnémos nous a habitués à des couvertures magnifiques et qui d’emblée filent une atmosphère, celle-ci ne fera pas exception. Un objet-livre de belle facture, et dont on pardonnera les fautes typographiques. Après avoir savouré à sa juste valeur le contenant, plongeons-nous dans le contenu !

Et je relèverai en premier lieu le style. L’histoire qui nous est contée n’aurait pas la même portée, la même ampleur sans cette plume lyrique et fluide, qui nous peint une fresque de toute beauté. Les mots sont choisis avec soin pour frapper l’imaginaire du lecteur, les phrases s’enchaînent dans une myriade de métaphores acidulées, et le tout s’épanouit d’un bout à l’autre du récit ; inspiré, mélodieux. Car il émane du livre une ode propre, une musique faite de joutes orales, de verve amusante, de sonorités au contraire plus sombres et basses, qui nous rappellent le contexte médiéval et vénal, et parfois même des apartés mélancoliques…

Le style, pourtant, ne fait pas tout, et c’est l’univers que nous tacherons maintenant d’étudier. En réalité, il est à peine esquissé, et là repose notre manque. Quelques coutumes ancestrales qui lient et même enchaînent la population, de brèves pérégrinations autour des fiefs et une forêt maudite, seul endroit que nous découvrirons en profondeur, voilà ce qui composera notre maigre pitance. Bien sûr, l’ambiance de fausse courtoisie et de fastes grandiloquents nous donne une indication sur la pression sociale et les traditions du monde, mais guère plus. Nous aurions aimé en apprendre plus, d’autant que chaque élément appelle un approfondissement, un « ajout ». L’auteur reste à notre grand dam à la surface des choses et nous prive de riches informations.

L’intrigue qui va de pair avec les protagonistes (et saluons là l’effort, les personnages créent par leurs nuances les louvoiements du scénario, et non l’inverse) s’annonce elle aussi en demi-mesure. Il était pourtant novateur de démarrer après le conte de fées. Le héros triomphe, semble promis à la gloire pour avoir sauvé son royaume du mal… mais après ? Vit-il vraiment heureux et a-t-il des enfants ? Parti pris jusque-là peu vu, qui ouvrait donc maintes portes. Mais encore une fois, la rapidité du roman coupe l’herbe sous le pied aux approfondissements, supplantés par une intrigue assez classique et minimaliste car focalisée sur un nombre infime de personnages.
Protagonistes au demeurant relativement bien construits ! Certes, ils sont quelque peu mis en orbite autour du noyau héroïque, très introspectif et de fait omniprésent, mais déploient un tapi à la minutie respectable et aux tons variés, de la plus chatoyante insolence à la plus terne érudition, et l’auteur prend soin de présenter à travers le prisme de Marc leur passé et ambitions respectives. La poignée de personnages secondaires, quant à eux, marque parfois, disparait autrement au milieu des informations, toutefois le travail d’encadrement fut fait, et bien fait.

Au final, un livre dont on regrette véritablement la rapidité, source de survols et de concentration à grande échelle, au détriment du monde et de ses composantes. Le style lyrique et maîtrisé de l’auteur vaudra le détour, comme son héros madré et un tantinet rustre, si vous acceptez de rester sur votre faim.

 

Note finale : 7/10