Retour vers la page des ouvrages

 

Le Vol de L'aigle

 

Arachnae Titre du livre : L'Ere des Conquérants

Auteur : M.-L. Versini (voir sa biographie)

Genre : Dark Fantasy

Commander le roman

Résumé du premier tome :

Valachie, XVè siècle.

Sur le continent des Terres de l’Est, l’avènement d’un roi ambitieux et belliqueux à la tête du pays enflamme le cœur des sujets qui rêvent depuis longtemps de venger les humiliations passées... plus encore après des années d'immobilisme sous le règne de leur ancien monarque.
Si son rival croit encore à la paix, le Valaque, lui, semble pourtant déterminé à marquer l'Histoire de son empreinte et balayer les défaites ancestrales. Mais à quel prix s’obtient la victoire ? Et que sont ces appels étranges, pareils à des soubresauts d’entités surnaturelles, qui semblent mettre en garde contre de très anciennes légendes ? A se perdre dans des luttes endémiques aux origines obscures, les rivaux éternels de l’Est sont-ils voués à leur propre fin ?

Critique personnelle du tome :

Le Vol de l'Aigle s'annonce comme une roman aux frontières de divers genres : histoire revisitée, pointes de fantastique et un vent incontestablement épique, même chevalresque, de quoi titiller notre intérêt et nous demander si, derrière cette quatrième de couverture prometteuse, se cachait une réelle surprise.

Attardons nous sur le contenu en lui-même. Divisé en trois "Livres", ce récit fait le choix d’un découpage chronologique particulier, qui compte, selon moi, parmi les forces du roman. Ainsi, la partie centrale fera l’objet d’un vaste retour en arrière, qui étaie le passé des héros depuis leur enfance jusqu’à un âge avancé, nous présentant des enjeux, des protagonistes, mais aussi des indices non négligeables. Et à ce titre, le livre ne manque pas de qualités ni de bonnes idées : prenant le parti d’une Europe médiévale alternative, l’auteur réussit à nous présenter un monde revisité, passé sous le prisme de l’imaginaire pour convaincre son lectorat. Nous ne serons ainsi pas étonnés de rencontrer des peuplades nordiques encore païennes et attachées aux croyances antiques, ou croiser au détour des pages des innovations législatives, des structures politiques et militaires plus ou moins modernes.
La situation politique est de fait intéressante, car au centre de toute l’intrigue : rompant avec le manichéisme, l’auteur nous présente les divers points de vue, celui des adversaires comme des héros, ajoutant une touche de crédibilité à son oeuvre  ; ainsi, les rôles ne sont pas clairement distribués  : une situation qui peut paraître de prime abord défavorable ou intolérable prend par la suite une autre dimension, dans un conflit à plusieurs échelles qui laisse présager maints dilemmes. On en viendrait à regretter, d’ailleurs, que l’auteur ne s’attarde pas plus sur les ressentis ennemis, que nous voyons finalement assez peu, juste assez pour nous donner envie d’en apprendre plus, sans toutefois satisfaire notre curiosité grandissante.

Côté intrigue, elle se dessine au fil des pages, et mélange réalisme, préoccupations conquérantes, à un parfum de fantastique ; peuples perdus dans les limbes de l’histoire, malédiction antique ayant frappé la Valachie, comme un soupçon de prophétie, nous aurons assurément de quoi nous poser des questions. Même si le livre reste globalement très axé sur les protagonistes et met en place les rouages des futurs révélations et dénouements, plusieurs pistes nous sont présentées et seront traitées, comme semble l’indiquer le final du livre, dès le second tome. Une intrigue de fait efficace qui, sous des devants plutôt simples (avènement d’un roi conquérant, qui souhaite abattre son ennemi ancestral et ainsi laver le déshonneur de son royaume), prend à contrepied plusieurs archétypes et réussit à surprendre.
A inclure dans l’intrigue, certaines longueurs seraient à relever, en particulier dans la dernière tranche de la seconde partie. Autant elle conférera aux protagonistes une ampleur supplémentaire, autant elle ne met pas assez en avant ses aspects primordiaux. Nul doute néanmoins que le caractère important de ces scènes sera développé plus tard dans la trilogie, par exemple le personnage d’Azarius, car rien ne semble laissé au hasard. Dans la même veine, certains passages auraient sans doute gagnés à être précisés, car on pourrait y voir des incohérences, pourtant absentes si nous prenons en considération le cadre historique et sociologique du roman.

Les protagonistes, quant à eux, donnent les principales impulsions au scénario, modifient par leur personnalité, leurs actions ses inflexions ; autrement dit, ils ne sont pas passifs ni ne subissent un destin inéluctable, et on sent à quel point la moindre variation de leur psychologie aurait pu tout changer ; un choix des plus intéressants ! Nombreux, variés, ces personnages frappent par leur justesse et leur cohérence ; loin d’être insipides, ils se distinguent par leurs défauts, parfois fort nombreux, et leurs qualités, indiquant une humanité agréable et parfois même à vif. Les deux héros du récit, les frères Victor et Joseph, seront à ce titre fouillés, présentant aux diverses étapes de leurs vies des facettes souvent renouvelées, et justifiées par l’ensemble de leurs expériences.
Autour de ces piliers du récit orbitent une pléthore de protagonistes qui sauront tirer leur épingle du jeu, et se tailler une place dans l’intrigue. De fait, même s’ils sont parfois en retrait par rapport aux figures fraternelles, ils laissent poindre une réelle profondeur et maintes interrogations, nous permettant d'entrevoir, malgré leurs apparitions peu fréquentes quelques fois, une psychologie travaillée. Ces personnages, assurément, constituent une force majeure de l’auteur et ne laisseront pas indifférents : certains lecteurs aimeront les détester, d’autres tomberont sous leur charme, dans les deux cas on ne pourra nier leur complexité ni leur agréable nuance de gris.
Quelques maladresses pourraient toutefois être relevées, notamment la perfection guerrière des héros, souvent décrits comme intouchables ou imbattables, des précisions qui font perdre en suspense le dénouement des batailles. Mais gageons que les choses évolueront ! Avec ces protagonistes, plusieurs thématiques sont abordées : les liens du sang, que ces derniers soient fusionnels ou au contraire insuffisants pour susciter de l’amour ; la violence, non une violence gratuite, mais la plupart du temps instrumentalisée, que ce soit dans des buts politiques ou au contraire une violence sociale, une rupture à la fois entre divers peuples et, au sein de ces populations, entre différents groupes d’individus ; mais aussi le poids du passé, les civilisations éteintes et leurs lègues souvent mystérieux, entre autres !

Enfin, un mot sur le style. Dynamique, acéré, parfois maladroit avec des tics stylistiques ou des termes qui se répètent plusieurs fois dans le roman, il paraît à même de peindre cette sombre époque médiévale. Certains accrocheront ou non à la plume de l’auteur, très caractérielle et qui prend à revers les pratiques couramment admises, par exemple par l’utilisation d’onomatopées, certes sans usage burlesque, ou de la ponctuation. Par ailleurs, notons les passages guerriers, très inspirés et martiaux, qui constitueront à mon goût les plus belles pages du roman.

Au final, ce récit présente des qualités certaines, soutenu par des protagonistes percutants, dont même les plus discrets sauront retenir l’attention, un monde médiéval nourri de multiples influences, entre fantastique, références à l’histoire antique et coutumes revisitées, qui peint une véritable ambiance et sait se distinguer des productions habituelles, et un scénario qui se dévoile peu à peu, dont il faudra attendre le second puis troisième volume pour prendre toute la mesure et voir les intrigues principales et secondaires se croiser. Les défauts de forme du récit, comme les coquilles qui peuvent parfois faire sourciller, même si elles sont majoritairement dues à la mise en page, auront quant à eux le temps d’être corrigés, tandis que la patte de l’auteur, affirmée, réussit à retranscrire des scènes poignantes, introspectives, martiales, politiques ou du quotidien.

 

Note finale : 8/10

Sahagiel

Partager cette critique sur : FacebookTwitter