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Kushiel

 

Titre du premier tome : La Marque

Auteur : Jacqueline Carey (voir sa biographie)

Genre : Fantasy

Résumé du premier tome :

Phèdre nô Delaunay a été vendue par sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant. Habitant désormais la demeure d'un haut personnage de la noblesse, pour le moins énigmatique, elle y apprend l'histoire, la théologie, la politique et les langues étrangères, mais surtout... les arts du plaisir. Car elle possède un don unique, cruel et magnifique, faisant d'elle une espionne précieuse et la plus convoitée des courtisanes. Rien ne paraît pourtant lui promettre un destin héroïque. Or, lorsqu'elle découvre par hasard le complot qui pèse sur sa patrie, Terre d'Ange, elle n'a d'autre choix que de passer à l'action. Commence alors pour elle une aventure épique et déchirante, semée d'embûches, qu'il lui faudra mener jusqu'au bout pour sauver son peuple.

 

 

Critique personnelle de l'oeuvre :

Ah, La Marque, il y aurait tant à dire sur ce roman ! Nous pillons une caverne aux bonnes idées : un foisonnement dans les thèmes, les protagonistes, enjeux, sociétés et mille choses encore. Critiquer cette œuvre induisait des raccourcis, car il semble impossible de la juger sans simplifications malvenues, toutefois tentons l’expérience et recommandons dès à présent sa lecture.

Le grand atout du roman serait sa diversité. L’auteur imagine, en dehors des personnages singuliers et attachants, une mosaïque de cultures. Pour une fois, la quatrième de couverture n’enjolive pas le tableau : ce passé alternatif prend des airs de récit historique, où toutes les sociétés auront leur quart d’heure de gloire. Même à travers le prisme de la fiction, les mécanismes qui sont décrits ici, et à plus forte raison leurs intrications, contribuent à l'originalité. Tantôt propulsés sur les terres glaciales, où les peuples s’organisent en tribus de prime abord primitives, tantôt invités à découvrir les délices de Terre d’Ange, nous apprécions les légendes locales et un fourmillement de détails anodins, parfois cocasses, qui parachèvent le tableau. Le travail fut fait avec passion et sérieux, et le résultat en ressort grandiose.

Pour autant, ce premier tome connaît quelques bémols ; en premier lieu, et même si l’intrigue se renouvelle grâce au traitement politique, le récit ne change pas la donne. Il faudra sauver un royaume de ses envahisseurs, constituer une équipe pour braver l’inconnu et affronter nombre de tourments. Rien de nouveaux à l’horizon !

L’auteur innove grâce au contexte : elle ne passe sous silence aucun détail et décrit volontiers les tactiques. Parjures, complots, alliances brisées ou nouées, la politique et ses dérivés deviennent prépondérants. A ce titre, le livre se prédestinera surtout aux lecteurs attentifs, car la complexité des intrigues aura tôt fait de vous noyer, sinon ! Défaut ou qualité, le récit n’aidera pas toujours à la compréhension, malgré un heureux glossaire. Avis donc aux palets fins, si vous cherchez un roman aux subtils arômes, vous goûterez ici un met dont vous n’oublierez pas de si tôt la teneur.

En dehors de la métaphore culinaire, l’auteur pimente son roman et l’assaisonne avec audace, ajoutant pincée de dangers et soupçons de dépaysement au fil des pages. Les thèmes abordés n’hésiteront pas à surprendre, avec une mise en avant de la sexualité, de l’érotisme, ou de sujets plus poignants ; certes, la quatrième de couverture insistait lourdement sur les passages osés, qui émaillent d’ailleurs régulièrement le livre mais on nous propose bien d’autres délices ! L’auteur ne contourne certes pas l’aspect charnel des relations, au contraire, mais elle y ajoute une touche de lyrisme, d’ouverture et de variété bienvenue, faisant de ces passages de réels points forts.

Au final, la difficulté du livre résidera dans sa complexité, car il faudra se concentrer pour savourer à sa juste valeur l’intrigue. Toutefois, avec en main des personnages complexes et qui évoluent (notons dès à présent une narratrice fort intéressante, même si elle exaspérera parfois), un univers cohérent et une intrigue bien menée, il serait dommage de passer à côté de ce cycle !

Note finale : 8.5/10

 

 

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Titre du second tome : L'Elue

Résumé du second tome :

Vendue alors qu’elle n’était qu’une enfant, Phèdre nó Delaunay est devenue la propriété d’un noble qui a su reconnaître la marque rouge ornant son œil – le signe de Kushiel qui lui vaut d’éprouver à jamais le plaisir dans la souffrance. Un don unique et cruel faisant d’elle la plus convoitée des courtisanes et une espionne exceptionnelle.
Puis, pour sauver sa patrie d’une sombre conspiration, Phèdre dut tout sacrifier, et les poètes chantent aujourd’hui ses exploits. Mais les dieux n’en ont pas fini avec elle.
Si le peuple d’Angelin aime sa jeune reine, d’autres ne pensent qu’à lui ravir la couronne. Et les comploteurs qui sont parvenus à échapper à la colère des puissants ont plus que jamais soif de pouvoir et de vengeance…

 

 

Critique personnelle de l'oeuvre :

Nouveau tome d’une saga qui commençait déjà fort, avec nombre de qualités appréciables, il devait confirmer l’essai et nous emmener plus profondément dans cet univers alternatif, riche et bigarré.

Les forces de l’écrivain sont toujours opérationnelles : goût du dépaysement, intrigues politiques élargies à plusieurs échelles, personnages principaux et secondaires charismatiques, érotisme et art de l’alcôve au service du pays, nous renouons avec des thèmes familiers et appropriés. Guère de fausses notes tant Jacqueline Carey excelle à nous capturer, pourtant reste une pointe de déception.
Car justement, à trop connaître les qualités de l’auteur, nous retombons dans des canevas et situations identiques, et même le dénouement ne surprendra guère, autant dans l’évolution des protagonistes que de la trame. Encore une fois, Phèdre devra voyager, se faire négociatrice ou servante de Naamah pour sauver Terre d’Ange. Le piment du « nouveau » fait donc défaut, en plus de quelques longueurs et atermoiements peu utiles à l’intrigue. Pendant des centaines de pages, sorte d’interlude au sein du tome, l’action ralentira, se figera au risque d’amocher l’attention du lecteur habitué au rythme trépidant du premier opus.
Tout est-il décevant, néanmoins ? Assurément non. La portée de l’œuvre reste impressionnante. Certes de moindre saveur, mais toujours de haute volée !

L’auteur profite du volume pour approfondir quelques protagonistes, notamment ceux qui tenaient lieu de secondaires durant le premier tome et nous prendrons plaisir à découvrir leurs facettes bien définies. Même si tous les personnages inédits ne marquent pas, d’autres se creusent une place et parviennent, en quelques paragraphes ou quelques chapitres, à nous intriguer. Une mention spéciale pourrait ainsi être attribuée à Kazan.

Les voyages de Phèdre, toujours écrits avec une plume agréable riche en leitmotiv comme en subtilités, tiennent leurs promesses et nous conduisent dans une Venise revisitée, engluée dans ses problèmes et guère loin de la décadence ; mais aussi aux confins de la Grèce et par delà les mers, dans une ambiance changeant du terne au colorée, de l’exubérance à la promiscuité. Encore une fois, une réussite sur le plan des cultures et difficile de ne pas guetter le volume suivant pour savoir, cette fois, où nous emmènera Phèdre !

L’Elue, bien que d’un niveau légèrement en deçà du précédent, confirme le talent de Jacqueline Carey et la richesse du cycle sur tous les plans. Preuve est faite que l’auteur sait où elle va et restera à lire le tome suivant pour déterminer si les quelques redites perçues ici se perpétuent.

 

Note finale : 8,5/10